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Divines, critique

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Présentant Divines au festival de Cannes et récompensée d’une belle caméra d’or, Houda Benyamina, une réalisatrice d’origine franco-marocaine, nous entraine à une vitesse fulgurante dans une aventure pleine d’émotion au point de nous chambouler à la fin. Une vitesse qui n’est pas sans rappeler celle que peut atteindre la Ferrari imaginée par la jeune héroïne Dounia. Assise à la place du conducteur, cette dernière au regard doux, intelligent et joyeux derrière sa belle paire de lunettes est bien décidée à appuyer sur le champignon et à partir en guerre contre elle-même pour trouver un sens à sa triste existence…

Bien qu’elle aurait pu délier son chignon pour assumer son côté féminin, Dounia (Oulaya Amamra) préfère être un garçon manqué qui a les nerfs à vif. Ce comportement lui permet de montrer à la société qui l’a délaissée qu’elle peut forger son destin toute seule. Audacieuse, égarée et sans repère, l’effrontée Dounia a plus d’un tour dans son sac. Elle a le sens du rythme. Elle déborde tellement d’énergie qu’elle emmène souvent Maimouna (Déborah Lukumuena), écrasée par l’autorité parentale musulmane stricte, dans ses aventures. Des aventures tumultueuses, mais parsemées de bonté et de grâce où elles se retrouvent et où elles vivent sans limites, loin de leur quartier hostile.

Grâce à une bande-son entrainante, combinant la basse proéminente du hip-hop avec des « requiems » enivrants et modernes, Divines démarre avec un titre grave dont l’intensité musicale reflète l’incroyable périple de Dounia et de Maimouna. Leur allégresse, leur fougue et leur vitalité sont tellement contagieuses qu’elles nous font du bien.

L’intensité frénétique des premières scènes fait progressivement place à quelque chose de plus licencieux et viscéral, par l’introduction de deux nouveaux personnages qui sont aussi exquis que ces deux héroïnes. D’une part, nous avons Rebecca (Jisca Kalvanda), une délinquante de banlieue, qui prend Dounia sous son aile et qui la guide à trouver sa voie à travers son business illégal. D’autre part, nous avons le danseur Djigui (Kevin Mischel) qui passe une audition pour un spectacle de danse contemporaine pendant que Dounia l’observe du haut des coulisses. Au fur et à mesure que Dounia observe les muscles luisants de sueur et les pas du jeune homme, elle entame une autre mission : celui de lâcher prise et de se lâcher. Dounia incarne à merveille une jeune femme sensuelle au chignon défait, mais pour y arriver, elle doit se faire violence jusqu’à descendre sur scène sous les applaudissements de Djigui. Dounia, d’abord réticente, finit par laisser s’exprimer son âme, son corps et sa personnalité. Elle se met alors à danser, vibrer et vivre, en dépit d’elle-même. Le microcosme de la délinquance et le monde artistique représente pour elle deux sources d’inspiration qui lui permet – non seulement de les confronter -, mais aussi d’échapper à la réalité violente de son quartier. En cette étonnante dialectique, entre identité et violence, entre corporéité réelle et liberté vis-à-vis des liens du corps, se manifeste l’essence singulière et tonitruante de la nouvelle existence de Dounia. Une beauté divine qui frise la perfection.

Fille bâtarde dont la mère irresponsable est absente, et tiraillée entre deux mondes opposés, Dounia est prête à tout pour laisser libre cours à ses rêves et s’émerveiller au sein d’un univers perdu dans ses nuits de débauche et de violence. D’un culot inouï, d’un éternel optimiste et d’une énergie revigorante, Dounia nous emmène jusqu’au bout de la nuit pour nous faire passer du rire aux larmes et vibrer. Son voyage est à la fois attristant et réconfortant. Oulaya Amamra qui l’interprète est encore plus bouleversante lorsqu’elle demande pardon à Déborah Lukumuena pour avoir essayé de s’extirper d’un milieu violent et de vivre une vie meilleure. Leur aventure ne peut qu’être touchante et nous rappeler que la quête la plus difficile à mener est celle que l’homme mène contre lui-même. Elle est un combat de tous les instants.

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