Critique : Discount, un film de Louis-Julien Petit - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Discount, critique

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Récompensé par le prix du public au festival d’Angoulême, Louis-Julien Petit s’inspire des comédies sociales de Ken Loach pour brader et dénoncer le capitalisme avec une audace et une énergie folles à voir…

D’après un scénario profondément réconfortant et révoltant, des employés d’un supermarché, brimés et harcelés, orchestrent un plan douteux pour sauver leur emploi : celui de prélever et de revendre la marchandise à moindre prix. Les âmes raisonnables s’en offusqueront, mais cette immoralité est infiniment moindre que la décision qu’on leur impose. Ce scénario est un pari audacieux et impertinent, mais il est l’est suffisamment pour que les salariés prennent leur revanche sur une directrice des ressources humaines aussi cynique qu’intraitable (Zabou Breitman).

Avec l’aide de ses Robin des Bois des temps modernes qu’il suit, caméra à l’épaule, Louis-Julien Petit nous dévoile l’incroyable capacité de l’homme à agir dans l’intérêt de la collectivité. Ces Robin des Bois devaient être en concurrence avec l’installation des caisses automatiques qui réduiront la masse salariale et dont les meilleurs seront gardés. Or, ce n’est pas le cas ici. Ensemble, ils prennent le contre-pied des clichés traditionnels pour porter un regard amusé et amusant sur la solidarité et sur le capitalisme sans limites.

À l’heure où les Français ont l’impression d’être les seuls à payer l’addition pendant que les banques les extorquent, cette solidarité inouïe s’affirme, haut et fort, et trouve un écho dans le cœur des Français. L’action aventurée et culottée de ces Robins des Bois n’est pas sans rappeler celle que proposait Michel Colucci pour défendre les plus démunis. Les personnages de Louis-Julien Petit ne lâchent rien, insufflant un souffle d’espoir dans nos vies, même s’ils s’exposent à de sérieux ennuis juridiques. Parmi eux, on trouve Corinne Masiero (Louise Wimmer), Pascal Demolon (Radiostars) et Sarah Suco (L’Enquête) qui incarnent les employés les plus engagés, les plus pugnaces et les plus révoltées du supermarché, allant jusqu’au bout de leurs idées folles. Olivier Barthélémy et M’Barek Belkouk (La Marche), quant à eux, sont nettement plus en recul que leurs partenaires qui se délectent d’une scène à l’autre.

De la précarité au gaspillage alimentaire, en passant par des règles patronales absurdes, les comédiens, interprétant des salariés à bout de souffle, renversent la situation, au grand damd’une provocante Zabou Breitman. Ils s’en vont même prendre des risques pour dénoncer des pressions hiérarchiques et un bon nombre d’aberrations que notre société engendre depuis les années 1980. Soutenu par un slogan pour le plus audacieux et original : « Voler des voleurs, ce n’est pas voler », leur « Hard-Discount » est un formidable exemple de solidarité humaine qui, espérons-le, permettra un jour d’inventer une nouvelle forme de capitalisme : le capitalisme humanisme. Ce « Hard-Discount », véritable coup de cœur revigorant, montre à quel point le cinéma français peut se renouveler et être aussi engagé que celui de Ken Loach.

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