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Des rêves sans étoiles, critique

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Après Les Derniers Jours de l’Hiver, où il nous avait fait découvrir la vie d’adolescents marginalisés en Iran, Mehrdad Oskouei s’intéresse, cette fois-ci, à l’emprisonnement de jeunes filles iraniennes. De cette nouvelle histoire, intitulée Des rêves sans étoiles, le cinéaste iranien est récompensé à la Berlinale pour avoir filmé avec empathie et lucidité l’environnement de ces filles aux visages doubles…

Mehrdad Oskouei explore la vie des détenues dans un centre de détention et de réhabilitation pour mineurs iraniennes. La façon dont il traite le thème de l’incarcération n’est rien de remarquable. D’une première fille victime d’un père toxicomane qu’elle a tué à une autre qui a fugué pour échapper à la violence, ces détenues sont logées à la même enseigne. Elles paraissent heureuses, elles tissent des liens d’amitié pour partager entre elles des expériences communes. Excepté les crimes pour lesquels la justice les accuse, on constate qu’elles ne sont ni plus ni moins des adolescentes fragiles en quête d’amour, d’apprentissage et de sens.

D’un oeil attentif, Mehrdad Oskouei dialogue avec les détenues. Au fil des entrevues, elles lui livrent, à leur rythme, des parcelles de leurs existences emplies de force et de fragilité. Devant sa caméra, ces détenues se libèrent de la pression sociale, allant jusqu’à retrouver le sourire avec des combats de boules de neige, des marionnettistes divertissantes ou des prières animées. Par souci d’honnêteté, et avec pudeur, Oskouei les suit aussi bien dans les bons moments que dans les plus douloureux. Parmi les plus tristes, la conférence avec un Imam fait éclater l’incompréhension, la colère face aux inégalités sociales. Certaines détenues s’interrogent sur le sens de la vie, d’autres sont craintives et ne peuvent retenir leurs larmes devant une existence bafouée, réduite à exécuter les ordres d’une société patriarcale inégale. Même si elles rient, elles s’amusent, elles sourient, la douleur suinte les murs de la prison, selon Somayeh, une des détenues. Lors d’un entretien avec Mehrdad Oskouei, sa camarade Khatereh qui semble enthousiaste lui dévoile la présence de marques de crampon sur son avant-bras. Toujours avec finesse, Oskouei lui demande ses aspirations et ses espoirs face à cette blessure et Khatereh pense à la dépression ou à la perte comme issue de secours. Cette inquiétante réponse fait partie intégrante de la société iranienne dans laquelle vivent ces jeunes filles abusées qui passent de la jubilation aux sanglots.

Mehrdad Oskouei n’a nullement besoin de confronter les détenues à leurs proches pour cerner leurs histoires. Leurs témoignages sont assez frappants pour compatir et comprendre ce qui les a conduites dans ce centre. Les battements de leurs coeurs oscillent et leurs voix tremblantes sont lourdes de sens. Derrière ce semblant de joie qu’elles retrouvent dans ce centre se cachent leurs souffrances morales et psychiques. Pour ces détenues, leurs crimes ne sont pas ceux d’avoir fugué ou tué pour s’extirper de la violence familiale, mais ceux d’être le fruit d’une relation malsaine et d’être forcées à suivre le chemin de leurs aînés. Ce préoccupant fléau ne se limite pas à l’Iran, mais peut s’appliquer aux États-Unis. Pour de nombreux jeunes délinquants américains, la vie carcérale apparait comme une bénédiction, dépeinte comme un havre de paix. Jusqu’à ce que Oskouei décide d’interroger un des employés de la prison. Le malaise est alors bien plus profond qu’on l’imagine. Il est impensable d’imaginer que l’Etat iranien ne renforce pas son système de santé pour aider les jeunes filles meurtries à s’en sortir.

Au coeur d’un État qui manque de moyens pour les assister, Mehrdad Oskouei préfère explorer l’expérience féminine dans ce qu’elle a de plus fragile plutôt que de donner la parole aux proches des jeunes filles. Avec empathie et sans aucune animosité, il les observe. Les détenues s’affichent, elles s’expriment et leurs vies s’écoulent au gré de la mélancolie, des chants et des rires. Elles peuvent redécouvrir leurs âmes au contact de Mehrdad Oskouei qu’elles considèrent comme un oncle. Leurs proximités avec lui les apaisent même si les craintes transparaissent sur leurs visages. Caméra à l’épaule, l’oncle Mehrdad qui les filme nous offre un regard authentique, pertinent et poignant sur la valeur du féminisme actuel et sur les différentes classes sociales. Il donne la lumière à des jeunes filles désabusées, mais courageuses, qui voient leur prison comme une délivrance. Ce regard est affligeant, le propos est sans concession et les États ont encore beaucoup de travail dans le domaine de la protection des droits humains.

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