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Des hommes sans loi, critique

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Adapté de l’ouvrage de Matt Bondurant, Pour quelques gouttes d’alcool, et mis en scène par l’auteur de La Route, John Hillcoat, Des hommes sans loi se situe quelque part entre le film noir de gangsters et le western. Et son casting laisse augurer d’une solidité à porter une histoire fraternelle autant qu’il orchestre une vengeance rédemptrice. Parviendra-t-il à sauver l’honneur d’une famille au coeur d’un monde compromis par la convoitise, la haine et la brutalité d’actes infondés ?

En pleine prohibition, en Virginie, état reconnu pour sa production d’alcool de contrebande, les trois frères Bondurant sont des bandits notoires. Se distingue, en premier, le plus jeune, Jack, un homme ambitieux et imprévoyant, qui n’aspire qu’à reprendre les rênes de cette petite affaire familiale pour la muer en un vaste trafic prospère. Et, par la même occasion, changer de vie pour impressionner sa bien-aimée Bertha. Le deuxième, Howard se cantonne à la bagarre dans les saloons. S’il dissout son bon sens dans des remontants corsés, il apparait comme le plus loyal de la fratrie. Le dernier est l’ainé, Forrest est le chef de la bande, veillant sans cesse à préserver les siens des règles adverses et inexplorées qu’impose le Nouveau Monde, une terre aussi amicale qu’hostile. Lorsqu’une jeune femme Maggie attire la convoitise, ils la prennent sitôt sous leur protection, estampant quelques regards farouches. Spécialisés en alcool, les frères ont toujours gagné leurs batailles. Mais la conquête de l’Ouest et son trésor truffé d’or les dresseront contre la cupidité d’une justice oppressive, d’une police débauchée et d’une population taciturne. Cette nouvelle bataille mettra leur sens de l’honneur et de la famille à rude épreuve, allant jusqu’à les orienter vers une route parsemée d’embûches et de redoutables surprises.

John Hillcoat nous immerge au sein de l’univers des trois frères Bondurant. D’emblée, on les remarque distillé clandestinement de l’alcool de pomme et d’autres choses affreusement dégoûtantes. Entre de suspicieux antagonistes qui les toisent d’un oeil bienveillant, ils ne tarderont pas à découvrir la vraie richesse d’une ville inhospitalière qui dévoilera de nouveaux visages inattendus, tels qu’un terrible policier aux méthodes tordues, auxquels ils ne sont pas habitués. Quoiqu’il advienne, les frères, aveuglés par l’appât du gain autant que leurs opposants, plongent inexorablement dans une période prohibitionniste rude, où les affaires des uns deviennent vite celles des rivaux. Du haut de son viseur, John Hillcoat les distingue à grand-peine, les uns et les autres se révèlent à la fois affaiblis et fortifiés par une atmosphère pesante. Entre le sang et les atrocités sans nom, personne n’échappe à la dureté de cette atmosphère. Et l’univers de ces frères est symptomatique d’un monde incorrigible sans foi ni loi. L’impétuosité y demeure aussi naturelle que la respiration, le sens de l’honneur laborieusement respecté et la mort soudaine.

Shia LaBeouf, qui prête ses traits au célèbre Jack Bondurant, se dévoile comme le plus vigoureux d’entre tous, mais pas aussi charismatique qu’un Tom Hardy pour le plus surprenant. D’une force exemplaire, ce dernier tient tête à toute une escouade d’ennemis nihilistes qui envahissent une ville agitée. Jessica Chastain apporte douceur et élégance à un récit impulsif et rude. Guy Pearce est un truand tour à tour irritant pour le mépris qu’il dégage et insinuant pour ses attaques répétitives qu’il lance violemment contre ses rivaux nettement plus discrets.

S’appuyant du roman de Matt Bondurant, Des hommes sans loi se termine en un western élégant, éprouvant et intransigeant autour d’un milieu prohibitionniste, restituant à merveille les années Al Capone. S’y entrecroisent la véhémence des actes sans fondement et le respect des principaux moraux d’une famille. Guy Pearce, Shia LaBeouf et Tom Hardy, entre autres, n’ont besoin d’aucune théorie pour le connaitre. Ils en font souvent les frais en se livrant à des duels d’une remarquable violence, nerveusement mis en scène par un John Hillcoat plus que déterminé à nous réserver bien des surprises sur le sens de l’honneur et de la famille.

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