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Corporate, critique

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Analyse comportementale ? Dépression ? Harcèlement ? Management ? Céline Sallette en responsable de service va découvrir la véritable brutalité du monde du travail. Avec, en toile de fond, l’entreprise dans le collimateur de l’inspection du travail et le malaise salarial. Ici, c’est un dossier épineux que Nicolas Silhol traite au travers d’une femme et de salariés face à un système managérial abject. Cette responsable parviendra-t-elle à faire les efforts nécessaires pour comprendre les salariés en souffrance avant que l’inspection du travail ne la broie ?

Dans la même veine de De bon matin, où Jean-Marc Moutout abordait le malaise d’un employé ordinaire au sein d’une entreprise, Nicolas Silhol confronte une hiérarchie aux salariés. Et, au-delà d’un geste désespéré de l’un d’entre eux, pointe du doigt les méthodes amorales de management. Contraints de suivre les directives du patronat, les responsables de service usent du harcèlement pour pousser certains employés à la démission et ne pas leur verser des indemnités de licenciement.

Si la minorité des salariés tiennent la barre, ce n’est pas le cas pour les autres qui craquent en démissionnant ou en mettant fin à leurs jours. C’est d’ailleurs le point de départ du film de Nicolas Silhol. Lorsqu’un des employés dont la responsable Émilie (Céline Sallette) devait se débarrasser, se suicide sur son lieu de travail, l’inspection du travail mène l’enquête. Dépeinte par son patron Stéphane (Lambert Wilson) comme une redoutable femme d’affaires, Émilie fait mine de compatir avant de recevoir la famille du défunt et l’inspectrice dans son bureau. Les jours défilent. Émilie découvre peu à peu une nouvelle facette de l’entreprise : ses relations avec la plupart de ses collègues et les membres du CHSCT volent en éclat. Pire encore, tout ce petit monde qu’elle fréquente la rejette pour se protéger du patronat.

Émilie est toujours aussi impassible et sûre d’elle qu’avant, mais l’attitude réticente de sa secrétaire Sophie (Alice de Lencquesaing) et de son collègue Vincent (Stéphane De Groodt), lui met la puce à l’oreille. Émilie continue de faire son boulot jusqu’à ce qu’un dossier sensible disparaisse de son bureau. Elle interroge son patron sur ce dossier et elle voit son autre visage : un homme prêt à tout pour étouffer le suicide, se préserver et la faire chanter, à son grand dam. Le comportement de ce patron est consternant et son discours vigoureux résonne avec l’empathie et le désespoir de ses salariés. Des situations effrayantes et des méthodes sournoises font malheureusement la part belle à ce patron qui domine. Avec un langage lissé en une rhétorique hypnotique.

Nicolas Silhol dresse un portait subtil d’un régime dictatorial omniprésent dans le monde du travail de nos jours. Un régime qui dégrade les conditions de travail des employés. Et qui pose tout un tas d’incompréhensions, d’incidents ou de malentendus entre eux. L’hypocrisie ambiante qui règne tout au long du film, le démontre bien. Elle met en lumière toute la pression et le pouvoir que le patron d’un cynisme effroyable exerce sur eux.

Avec un tel constat qui fait froid dans le dos, Nicolas Silhol aux propos démonstratifs en profite pour nous apporter un éclairage pertinent sur l’actuel management appliqué dans les entreprises. Il nous ouvre les yeux sur des méthodes de management illégales passées trop souvent sous silence. Aussi concernés que les salariés qu’ils gèrent, les responsables de service devraient très vite trouver un juste équilibre entre management et rentabilité avant que l’inspection du travail s’éveille et que des employés leur demandent des comptes. Parce que les situations auxquelles ces derniers sont confrontés sont réelles. À méditer.

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