Critique : Comment c'est loin, un film d'Orelsan - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Comment c’est loin, critique

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Les deux « Casseurs Flowters », Orelsan et Gring, soutenus par Christophe Offenstein, évoquent la difficulté des jeunes à s’émerveiller dans une société intransigeante, où la crise de l’emploi les plonge dans les dédales d’une vie morose. Et où se perdent leurs rêves d’enfance…

Originaires de Caen, Orelsan et Gring approchent de la trentaine. Le premier est réceptionniste dans un hôtel et le second passe ses journées à tromper sa petite amie, au détriment de son emploi. Bien qu’ils aient conscience de ne pas mener la vie de rappeur dont ils rêvaient, Ablaye et Skread leur prêtent un studio d’enregistrement pour les encourager à composer leur maquette. Orelsan et Gring, devant la proposition de ces deux producteurs, ne trouvent malheureusement pas l’inspiration. Ils sombrent peu à peu dans l’ennui et promènent leur spleen jusqu’au bout de la ville normande. Leurs propos, toujours réalistes, abordent l’indécision qui habite la plupart des jeunes de nos jours, apeurés par la peur de perdre leurs identités et leurs désirs. Jusqu’à ce que Ablaye et  Skread en décident autrement. Commence pour Orelsan et Gring une véritable remise en cause au sein d’une aventure caennaise pleine d’espoir et de désespoir, de doutes et de fous rires. Ce périple est un combat de tous les instants. Un combat quotidien, drôle et triste, d’une jeunesse désœuvrée en quête de la même chose : la réussite sans peur des lendemains.

Avoir un rêve est certainement effrayant pour l’exaucer. Les jeunes se rassurent, persuadés qu’ils sont capables de prendre des risques et de vivre au gré de cette envie. En réalité, ils ne veulent pas sortir des sentiers battus, même pas pendant un court instant. Par facilité, les jeunes procrastinent contre eux-mêmes. Ils préfèrent jouer la carte de la médiocrité plutôt que de faire preuve de courage pour se prendre en main. Les deux rappeurs Orelsan et Gring jouent sur cette carte. C’est une carte de jeu qu’ils exploitent sur scène et le résultat n’est que tristesse. Orelsan et Gring sont restés bloqués chez Kyan Khojandi et cette situation leur permet de ne pas explorer l’inconnu ou tenter d’autres projets qui leur tiennent à coeur. Intimidés par l’avenir et la peur d’une vie ignorée, Orelsan et Gring vivent de petites histoires tout en laissant passer celle qui pourrait les révéler. Loin d’être les acteurs de leurs vies, ils passent, sans le savoir, à côté de leur passion commune et ils pourraient exprimer quelques insatisfactions dans les années à venir.

Orelsan et Gringe dénoncent poétiquement les codes d’une société inflexible. À l’image de ce tandem, le symbole d’une jeunesse égarée, on attend le bus, le bus de notre vie. On attend qu’il passe pour nous la présenter. Qu’est-ce qu’il peut nous apporter ? Va-t-il enrichir notre récit ou nous faire sombrer dans une certaine forme de mélancolie ? On attend le prochain bus, il arrive, on ne le prend pas, car notre peur face à l’intransigeance de la société nous incite à prendre le suivant, et ainsi de suite. Cette attitude représente notre profond dégout de la vie en société et remet en question notre capacité à nous émerveiller. Les pouvoirs publics vont-ils nous donner, un jour, une chance de réussir et de sortir de la morosité ambiante ?

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