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Cinéma, mon Amour, critique

Guillaume Blet 0

Assistant-réalisateur pour le réalisateur Cristian Mungiu, lors du tournage de 4 mois, 3 semaines, 2 jours, la palme d’or de Cannes en 2007, Alexandru Belc a grandi dans les années 80 en Roumanie. Ce retour au pays est pour lui une belle occasion de nous faire redécouvrir ce qu’était un cinéma ancien avant que le sud de la France ne parte en quête d’étoiles, d’émotions dans quelques jours…

Entre l’inquiétude d’un responsable d’un cinéma d’art et d’essai face à un avenir incertain, et une ville de l’Europe de l’Est en pleine reconstruction, Cinéma, Mon Amour est nostalgiquement touchant. Confronter un cinéma d’avant-guerre à une époque moderne nous renvoie à une histoire marquante et tragique, oscillant entre classicisme et modernisme.

Plongé au cœur d’une Roumanie dévastée qui essaie de se reconstruire, Alexandru Belc suit le parcours de Victor Purice, le responsable du Cinema Dacia, un cinéma en friche. Et, au-delà du manque de moyens pour le rénover, Victor Purice parvient à garder le sourire et la clientèle n’est pas insensible à son enthousiasme de faire défiler les vieilles bobines depuis un projecteur vidéo, et ce malgré le son qui craque. Qu’importe, l’essentiel réside dans la survie de l’art et l’essai, où la moindre imperfection de la pellicule faisait le bonheur des cinéphiles, du plus jeune au plus âgé, et où la performance rimait avec convivialité et simplicité.

Si le Cinema Dacia, un des derniers cinémas d’art et d’essai de l’Europe de l’Est, vivote avec sa clientèle familiale, il n’échappe pas aux règles de la concurrence des multiplexes de l’Europe de l’Ouest. Ceux-là sont venus en Roumanie pour répandre la modernité. Et faire du cinéma d’art et d’essai un complexe mercantile à la pointe de la technologie. Avec audace et humour, Victor Purice tente de trouver un équilibre entre les deux systèmes, mais l’État roumain est indifférent à l’égard de la culture indépendante qu’il défend. C’est l’image d’un cinéma ancien, le symbole du lien social, qui s’effrite sans que personne ne puisse faire grand-chose pour le réparer.

Que ce soit en Europe de l’Est ou de l’Ouest, le déclin des cinémas d’art et d’essai n’est pas nouveau en soi. Alexandru Belc en parle à travers la volonté de Victor Purice qui met tout en oeuvre pour sauver son établissement de la ruine. Et réanimer toute une période où chacun vibrait au rythme des bobines qui s’emmêlaient, d’un son qui devenait inaudible. Bien qu’il ait été amoureux des films dès son plus jeune âge, Victor Purice est moins motivé par la cinéphilie que par le besoin de défendre la diversité du cinéma. Un cinéma qu’il dépeint comme un lieu récréatif. Mais, pour des soucis de rentabilité, ce lieu fut contraint d’accueillir Gladiator, Speed 2 ou encore Total Recall. Les affiches des films paraissent imposantes dans le hall du Cinema Dacia, au point de creuser un énorme fossé entre petites et grosses productions.

Face à ce constat alarmant, dévoilant la puissance du cinéma moderne, Victor Purice persiste et essaie de soutenir sa vision du cinéma auprès des distributeurs. Il le fait toujours avec amour et un sens de l’humour qu’il est bon de voir. Son attitude, quelque peu utopiste, est le reflet d’une profonde tristesse : celle de voir s’envoler un art magique et précieux où chacun pouvait porter un bel élan créateur sans artifice, ni trucage. La perte progressive de cet art nous interroge sur le sens de l’éducation. Si le combat que Victor Purice mène pour faire renaître le cinéma d’art et d’essai, semble être voué à l’échec, cette modernité peut-elle nous faire oublier nos valeurs ancestrales ? Y a-t-il une façon plus noble de s’épanouir et de vivre ?

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