Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Chez Nous, critique

Guillaume Blet 0

Pour Chez Nous, Lucas Belvaux retrouve Émilie Dequenne qu’il a dirigée lors du tournage de Pas son genre. Toujours aussi démonstrateur qu’autrefois, il plonge la comédienne dans les cuisines d’un parti d’extrême droite pour nous ébranler devant une question alarmante : la France peut-elle devenir une démocratie dictatoriale ?

Révélé avec Un Couple épatant, Cavale et Après la vie puis confirmé avec La Raison du Plus Faible, Rapt et 38 témoins, Lucas Belvaux nous immerge cette fois-ci dans les arcanes d’un parti politique. C’est au travers de Pauline, une infirmière (Émilie Dequenne), née d’un père communiste (Patrick Descamps), que commence sa nouvelle histoire. Originaire de la région des Hauts-de-France, Philippe (André Dussollier) propose à Pauline de se présenter aux prochaines municipales de Hénard. Au cœur de cette ville gangrenée par le chômage et ornée de ses terrils du bassin minier, Belvaux décide de prendre à bras le corps le sujet brûlant du Front national à deux mois de la présidentielle.

Pour Lucas Belvaux, aborder un tel sujet, alors que la colère du peuple gronde, est un défi courageux qui lui permet de cerner les enjeux d’une telle formation politique. Et de comprendre les mécanismes de l’embrigadement de personnes dignes dans un processus sournois. De cette vision, et avec une grande finesse d’esprit, Belvaux se concentre sur la façon dont le Front national diffuse ses idées nauséabondes, sous couvert d’une protection d’amour et de valeurs patriotiques, pour asseoir son autorité.

Contrairement à Gilbert Collard et Steeve Briois qui s’opposent à lui, Lucas Belvaux aux propos démonstratifs ne recule devant rien. Toujours à bonne distance, il plonge son héroïne au cœur d’une machine politique bien huilée, instrumentalisant son empathie pour « contrôler » la population. Ce constat est alarmant. Et le discours vigoureux des membres extrémistes résonne avec le désespoir, leur permettant de dominer avec un langage lissé en une rhétorique de dissuasion.

Et, au-delà des méthodes intrusives de ce parti, Lucas Belvaux, devant le constat d’une société malade politiquement, fait de la France d’aujourd’hui une France déboussolée. C’est ici l’image d’une France désorientée, où l’angoissante musique souligne les soupirs laissés dans l’allée avant que l’abîme s’invite dans l’isoloir. Ce bulletin fictif tient toutes ses promesses grâce à une Émilie Dequenne qui crève l’écran, par sa candeur, sa prise de conscience, son jeu nuancé. Face à la comédienne, André Dussollier, d’une élégance et d’une froideur inégalées, est le conseiller de la répugnante Agnès Dorgelle. Catherine Jacob excelle dans le sosie de Marine Le Pen. Guillaume Gouix incarne la violence radicale des militants allant à l’encontre des convictions de l’héroïne jusqu’à la manipuler. Ce qui remettrait en cause son implication au sein d’un parti gangrené par la corruption d’idées et le formatage de personnalités.

En dépit des propos des militants du Front national, Chez Nous nous incite à nous battre pour des causes nobles : l’intégrité, la dignité, la liberté d’expression et le pluralisme. Et à ne pas nous laisser aveugler par des idées putrides, si l’on veut faire écho à l’image libre de la France du poète Paul Eluard, où l’on pouvait écrire sur les murs : « Liberté – Égalité – Fraternité ».

Si vous appréciez ma chronique, ce serait sympa de la partager...

Défiler vers le haut