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Cherchez la femme, critique

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Il y a des sujets brûlants auxquels on ne peut pas aborder en raison de l’actualité dramatique et Made in France (Nicolas Boukhrief) en fait partie. Il fut déprogrammé des salles pour ne pas ébranler les moeurs conventionnelles de certaines âmes. Seuls Marie-Castille Mention-Schaar (Le Ciel attendra), Nicolas Saada (Taj Mahal) et Thomas Bidegain (Les Cowboys) sont parvenus à évoquer le thème du fondamentaliste radical par le prisme du drame. Et personne n’a eu l’audace de s’emparer du sujet pour en faire une comédie réaliste pleine d’espoir. Jusqu’à ce que Sou Abadi relève le pari et le traite avec distinction, courage et élégance…

D’origine iranienne et d’une grande finesse dans son propos, Sou Abadi filme deux mondes religieux à part pour les plonger dans une aventure burlesque. Et montrer à quel point ils cherchent la même chose : être aimé. Entre les paroles excessives d’islamiques radicaux et la sagesse d’âmes bienséantes, comment peuvent-ils faire pour se comprendre et se parler autrement que par des invectives ?

Deux étudiants de Sciences Po, Armand (Félix Moati) et Leila (Camélia Jordana) vivent un amour constant et fort jusqu’à ce que Mahmoud (William Lebghil) réapparaisse dans la vie de la jeune femme. De retour d’un voyage au Yémen, Mahmoud s’est métamorphosé en un intégriste de l’islam. Au nom d’une morale religieuse stricte, il entreprend de mettre de l’ordre chez lui en allant jusqu’à déchirer des photos de famille. Mahmoud impose à ses proches une vie sévère. Il menace d’envoyer son petit frère au Yémen et il assigne à résidence sa soeur Leila, l’incitant à rompre avec Armand pour incarner une parfaite musulmane. Fils d’une famille militante iranienne, Armand ne l’entend pas de cette oreille. Il décide d’entrer en révolution et de s’empresser de trouver une solution pour revoir celle qui l’aime.

Si Armand est déterminé à sauver Leila de l’emprise de son frère, il risquerait bien de troquer la blouse blanche pour une burqa. Aussitôt dit, aussitôt fait, Félix Moati qui l’incarne décide de porter le voile intégral pour lever celui de la religion. Devant un amour passionnant, mais fragile, il le défend sous la contrainte, allant jusqu’à se présenter à Mahmoud comme un messager chargé d’enseigner le français à Leila. La facétie semble être démesurée, mais elle ne l’est pas plus que celle qui prévalait dans la comédie Mauvaise Foi (Roschdy Zem). Et, au-delà du stratagème employé par cet audacieux héros, Sou Abadi n’a peur de rien, pas même des traditions musulmanes, pour inscrire cette farce dans une démarche pédagogique. Elle pose un regard amusé et amusant sur deux mondes opposés qui cherchent à être aimés, lors de situations ingénieusement insolites (par exemple, Armand et Leila s’aiment et leur amour est mis à mal par Mahmoud qui, lui aussi, envisage une relation platonique).

Avec l’aide de Félix Moati et de William Lebghil, un brin différent, au top des délires de leurs personnages, Sou Abadi ne nous fait pas que sourire, mais elle analyse, elle dénonce aussi toutes les sortes d’extrémisme et d’intégrisme. À travers son duo, Abadi porte une réflexion sur la démesure des idées, qu’elles soient politiques ou religieuses, tout en prônant un Islam modéré et ouvert sur le monde d’aujourd’hui.

Sou Abadi le prouve d’une façon éclairée et salutaire. La façon dont elle fait preuve de bon sens et de tact pour parler d’amour et de religion nous divertit intelligemment. Face à tant de haine qui sévit dans nos quartiers, Abadi apaise les tensions en invoquant la bonne humeur et le respect de tous, quelle que soit l’origine de ses personnages. Qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels, catholiques ou musulmans, hommes ou femmes, ils sont emportés dans un tourbillon de situations et de dialogues irrésistibles de cocasserie. Leurs confrontations subtiles forcent le respect par le courage d’évoquer la religion avec le coeur et sans mésestime. Avec un sens de l’humour raffiné et un zeste de philosophie, les comédiens qui les jouent entreprennent un plaidoyer à la liberté d’aimer, de penser pour épingler l’attitude excessive de mouvances radicales.

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