Critique : C'est tout pour moi, un film de Nawell Madani - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

C’est tout pour moi, critique

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D’origine algérienne, l’humoriste belge Nawell Madani affiche une belle et réconfortante complicité avec François Berléand qui l’a lancée. Avec rire et tendresse, elle évoque son parcours dans son premier film tout en nous transportant dans les lieux populaires de Bruxelles, rythmés par les projecteurs de Paris…

Avec son premier long-métrage, C’est tout pour moi, qu’elle a présenté au festival de Namur, Nawell Madani nous plonge dans les dédales de sa vie parisienne, marquée par ses chagrins et ses joies. L’héroïne qu’elle incarne, Lila, grandit dans les quartiers répandus des Marolles. Avec sa sœur et ses meilleures camarades, elle songe à devenir chorégraphe, au grand dam de son père (Mimoun Benabderrahmane) peu enclin à la voir s’exhiber. Devant un rêve quelque peu compromis, Lila s’envole pour Paris, laissant derrière elle l’incompréhension d’un père et son petit confort provincial. Elle est convaincue que sa détermination lui sera utile pour se hisser parmi les artistes reconnus, sauf que sa nouvelle existence prend rapidement un tournant inattendu lorsqu’elle croit à l’amitié dans un monde artistique à double face. Les souhaits de Lila s’effondrent. Elle apparait comme ballerine dans un clip de rap et la désillusion fait commencer pour une jeune femme pleine d’entrain. Après des mésaventures, elle croise la route d’un professeur de théâtre (François Berléand) qui l’aide malgré une légère réticence. À ses côtés, elle retrouve l’espoir et sa rage de vaincre, allant jusqu’à transformer ses déboires en un hymne au courage. Dans cet hymne où s’entrecroisent la tendresse et le rire, faire preuve de ténacité est la clé de sa réussite, même s’il lui reste à convaincre son père qu’elle a fait le bon choix.

Tour à tour comédienne, réalisatrice et scénariste, Nawell Madani, soutenue par Ludovic Colbeau-Justin, s’est investie corps et âme pour adapter son propre récit, oscillant entre son enfance harmonieuse et son ascension chaotique. Madani s’est aussi glissée dans la peau d’une chorégraphe pour orchestrer les représentations de ses acteurs et les faire vivre au rythme d’un univers artistique qui l’a éloigné de ses proches et qui la tend vers ses rêves. Dans le monde de la danse hip-hop, comme en stand up, qu’elle s’est réapproprié au côté de François Berléand, Nawell Madani, interprétant Lila, est vite confrontée à une gent masculine arrogante et machiste. Malgré sa volonté et son audace quelque peu irrévérencieuses, son personnage doit encore et toujours redoubler d’efforts pour improviser, s’affirmer comme tel, s’assumer, quel que soit le regard de pairs dédaigneux. C’est en s’appuyant sur l’intransigeance et la sagesse de Berléand, et en utilisant son parcours mouvant qu’elle finit par donner un sens à sa vie. Grâce à sa constance et à son énergie communicative, Madani acquiert progressivement une certaine expérience sur scène, dont elle se servira pour partager l’affiche de la comédie de Philippe Lacheau (Alibi.com).

Bien que vous vous attendiez à ce que Nawell Madani vous fasse rire, elle peut aussi vous émouvoir devant un univers artistique qui l’a emmenée dans les méandres d’une existence précaire et tumultueuse. Si elle est parvenue à exaucer son rêve, ses rapports avec les siens n’ont pas toujours été tendres. Son père, un chauffeur de taxi, est l’ombre d’un homme perdu qui ne sait pas comment honorer une vieille promesse. Sa sœur s’est éloignée de la danse hip-hop pour se mettre en relation avec Dieu. Pour garantir une certaine authenticité à son parcours, de son enfance passée à Bruxelles à son ascension à Paris, en passant par ses proches bienveillants et inquiets, Madani a recruté une foule d’acteurs non professionnels. Ses comédiens sont impressionnants de justesse et de rigueur, en particulier Mimoun Benabderrahmane, lui aussi chauffeur chez Uber, qui joue le rôle de ce père esseulé et marqué par un veuvage douloureux. Il est déchiré par les aspirations contradictoires de ses deux filles. François Berléand se glisse dans la peau du pygmalion qui accompagne les jeunes espoirs de l’ombre jusqu’aux feux de la rampe.

Grâce à François Berléand, la vaillante Nawell Madani a le mérite de faire la lumière sur deux mondes qui n’apparaissent que rarement dans les films : les coulisses et le tournage de la danse hip-hop et du stand up. Librement inspirés par le Jamel Comedy Club qu’elle connait bien, ces deux mondes sont en réalité un univers de prédateurs, où les projecteurs peuvent nous brûler si nous ne vérifions pas la température avant d’y rentrer.

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