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Cessez-le-feu, critique

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En 1923, Georges, un héros de la Grande Guerre fuyant son passé, mène depuis quatre ans une vie nomade et aventureuse en Afrique lorsqu’il décide de rentrer en France. Il y retrouve sa mère Louise et son frère Marcel, un invalide de guerre muré dans le silence. Peinant à recouvrer une place dans cet après-guerre où la vie a continué sans lui, Georges fait la connaissance d’une femme indépendante qui le changera à tout jamais…

Après avoir été le coscénariste de Philippe Lioret, Emmanuel Courcol s’essaie à la réalisation de son premier film pour rendre hommage à l’un de ses grands-pères qui fut un des héros de la Grande Guerre. Cette ère historique, allant de 1914 à 1918, est la Première Guerre marquante de notre pays, laissant derrière elle tout un tas d’infâmes blessures physiques et de graves traumatismes psychiques. Les anciens soldats, dont Marcel (Grégory Gadebois), furent marqués à vie. Georges (Romain Duris) a préféré partir à l’aventure pour échapper à l’horreur qu’il a vue dans les tranchées, mais lorsqu’il revient en France, son passé remonte peu à peu à la surface. Pour la majorité des historiens, les soldats qui ont vécu la Grande Guerre, sont victimes d’un syndrome de stress post-traumatique, caractérisé par une incapacité de retourner à la vie civile.

La scène d’ouverture de Cessez-le-feu donne le ton. Elle est d’un réalisme brutal qu’elle suffit amplement pour comprendre la souffrance des soldats et de cette violence sanglante qui continue de les marquer. La violence des batailles laisse place à la sérénité. Nous sommes en 1923, soit cinq ans après la fin de la guerre, et nous découvrons un Paris où la plupart des gens ont fait le deuil de leur ancienne vie. Et où ils ont repris une vie normale auprès de ceux qui restent. Une société nouvelle qui alterne l’insouciance et la richesse. Elle vit dans un luxe insolent et cette arrogance est hideuse. Ce qui n’est pas du goût de Georges, un soldat blessé et taciturne, qui ne parvient pas à trouver sa place dans ce monde qu’il ne reconnaît plus. Il préfère partir en Afrique pendant que son frère Marcel ne s’est pas bien remis de la guerre. Mais, après avoir perdu son copain Diofo (Wabinlé Nabié), Georges revient chez Marcel et Louise (Maryvonne Schiltz). Et, au-delà de ce retour au pays, il rencontre Hélène (Céline Sallette), une enseignante libre avec qui il espère retrouver la vie. Enfin, c’est ce qu’il croie. Jusqu’à ce que sa relation avec cette femme ne soit tourmentée par ses propres angoisses existentielles.

Emmanuel Courcol pose ici un regard élégant et sobre sur une période douloureuse de l’histoire de notre pays et celle de nos aïeux. Il dépeint aussi une image précise d’une ère marquante contrastée, sublimée par les photographes Tom Stern et Yann Maritaud. Des tranchées à une France d’après-guerre raffinée, en passant par une Afrique sauvage, ces deux-là nous font voyager et nous dévoilent le monde à travers les époques nuancées de notre humanité. Avec, au cœur du voyage mouvementé, la relation entre un homme meurtri par une guerre tragique et ses difficultés à retrouver sa place aux côtes des siens.

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