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Brimstone, critique

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Dans un monde décadent où l’égalité hommes-femmes n’est pas encore conçue comme une exigence légale, Martin Koolhoven nous montre la façon dont l’homme est devenu un prédateur violent. Et à quel point il lui est compliqué d’être digne lorsqu’il abuse de la gent féminine au nom de la ferveur religieuse ! D’une certaine manière, et en dépit de ses propos brutaux, Brimstone est un mal nécessaire pour dénoncer les dérives de l’amour et de la foi. Bien que cette oeuvre soit difficile à voir, aussi troublante que violente, Koolhoven filme une épopée de l’Ouest épurée dans cette discorde retentissante de plusieurs chapitres, renforçant les propos de William Shakespeare : « Le mal que font les hommes vit après eux : le bien est souvent enseveli avec leurs cendres »…

D’une puissance indéniable, et divisé en 4 volumes non linéaires (révélation, exode, genèse, châtiment), Brimstone conte l’histoire de Joanna (Emilia Jones) à différentes périodes de sa vie. Peur d’être opprimé par le récit d’un prêcheur (Guy Pearce), celui de Joanna adhère étroitement au triptyque biblique. Dans la genèse, Joanna est harcelée par un père lugubre et salace, impatient qu’elle entre dans son premier cycle menstruel, au grand dam d’une mère vulnérable (Carice Van Houten). Peu de temps avant de perdre de vue Joanna, le prédicateur lui présente sa luxure comme un mal immonde. Lors de l’exode, Joanna débarque dans une petite ville rurale, où des péripatéticiennes assurent son éducation. Elle devient, au fil de son adolescence, une prostituée. Elle découvre la vie décadente de la femme abusée jusque dans ses rares moments d’intimité fonctionnelle. Les hommes que Joanna côtoie sont réduits à utiliser leurs plus bas instincts, sexuels et violents, pour asseoir leurs autorités. La violence monte crescendo dans cette bourgade crasseuse, où le moindre faux pas de ces prostituées résonne comme un châtiment sordide. Et où Joanna n’est pas au bout de ses surprises avant de s’infliger une souffrance et de s’extirper de cette ville débauchée.

Révélation est le début du film ou le départ de la nouvelle existence de Joanna. Devenue adulte, elle s’appelle Liz (Dakota Fanning) qui vit avec son mari, son beau-fils et sa petite fille Sam (Ivy George). En feignant d’être muette, Liz ne communique plus que par le langage des signes tout en mettant au monde des enfants. Le jour où elle se retrouve confrontée à un choix crucial, lors d’un accouchement, le prêcheur réapparaît dans sa vie. Cet homme répugnant se lance à sa poursuite pour assouvir ses pulsions sexuelles débridées. Ses traits se noircissent, incarnant, cette fois-ci, le mal en puissance, prêt à tout pour s’emparer de sa proie. Liz est contrainte de fuir ce qu’elle a construit, entrainant avec elle ses enfants vers une destination inconnue. Même les instants gracieux passés avec sa nouvelle famille n’atténueront pas cette tempête de violence, qui s’abat inexorablement sur elle. Cette horrible spirale engendre au fond des entrailles de Liz un étranglement bref et quasiment fatal, et renforce notre malaise devant autant de violence injustifiée. Lorsque Liz exige son châtiment, aucun des hommes qui la traquent n’éprouve le cran pour cerner ses gestes désespérés ou manifester leurs compassions. Le châtiment rime avec injustice et vice, allant à l’encontre de l’ordre de Dieu.

Avec, comme moyen de narration, l’encadrement elliptique de ses 4 chapitres, Martin Koolhoven fait accroitre la violence gratuite sans faire monter l’action, ni l’emportement de l’héroïne au fil de son parcours. La façon dont elle solde ses comptes avec son père est tout à fait compréhensible, mais son geste n’est pas aussi affectueux qu’on le pense, sinon son récit aurait été raconté dans l’ordre chronologique. Si la révélation avait été préparée plus audacieusement, un peu plus rapidement, l’impact de la violence sur l’héroïne aurait renforcé sa motivation à marquer son indépendance au sein d’un monde sauvage. Contre son gré, et malgré la violence inqualifiable infligée à son égard, Brimstone évoque ce que les femmes ont enduré, à tort, depuis des siècles. Et la manière dont elles ont fait preuve de courage pour surmonter les abus patriarcaux (incestes, mutilations, rapports sexuels). De tels maux ne pourront jamais être excusés et Martin Koolhoven nous le fait comprendre à travers le récit de son héroïne sur le chemin de la rédemption.

De cette rédemption aussi brève que brutale, une vision impertinente pourrait apparaitre derrière la quête salvatrice de l’héroïne. Mais l’existence de sa petite fille, propagation générationnelle, force le respect par sa bravoure, sa force de caractère et sa ténacité. À l’accent indéterminable, et aux propos anachroniques, Guy Pearce incarne à la perfection le rôle du diable en personne. Tour à tour effroyable et mémorable, il donne la chair de poule à sa partenaire. Dakota Fanning qui la joue, parvient à agir avec témérité pour l’affronter et résister à ses penchants honteux. Ne communiquant qu’avec son corps torturé, la comédienne, quelque peu froide et passive, est un atout de taille, parvenant à nous laisser pantois devant un sacrifice final inconsolé.

L’accumulation de la violence plante le décor. Elle sert parfois de catalyseur pour compatir avec la courageuse héroïne, nous emmène souvent jusqu’au malaise. Derrière cette fatalité tragique et sombre se cache la volonté d’un cinéaste à laisser peu de place à l’action, à l’espoir. Martin Koolhoven préfère employer la manière forte pour dénoncer les violences faites à l’encontre des femmes tout en exposant les idées néfastes d’un prêcheur sur la vie de l’une d’entre elles. Cette dernière assiste à des scènes crues, reflétant le portrait réaliste d’une société émergente, alors empreinte d’affrontements et de meurtres, où la loi du plus fort régnait au XIXe siècle. Éprouvant et sans fioriture, le récit de cette héroïne dévoile la façon dont la foi a été détournée par l’homme pour imposer ses règles (ici, infliger un châtiment cruel) et dont l’éducation a été souillée par le vice de l’impuissance. De nos jours, cette vision remet en cause les principes moraux de l’homme et soulève une importante question : sa morale peut-elle se passer d’un fondement religieux, si ses actions sont moralement inacceptables ?

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