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Aimer, boire et chanter, critique

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Après Vous n’avez encore rien vu, qu’il avait présenté au festival de Cannes il y a deux ans, Alain Resnais revient cette année derrière la caméra et adapte pour la troisième fois la pièce de théâtre Life of Riley d’Alan Ayckbourn, déjà reprise avec Smoking / No Smoking en 1993 et Cœurs en 2006. Autant dire que le cinéaste, mort le 1 mars dernier à Paris, maîtrise son sujet à la perfection…

Dans Aimer, boire et chanter, Resnais questionne une nouvelle fois le médium cinématographique et ses possibilités à travers une mise en scène artificielle et picturale. Bourré d’humour, son film appréhende la diversité des sentiments amoureux entre les membres d’un groupe d’amis dont l’un est condamné à mourir.

Faisant référence à l’une des valses du compositeur autrichien Johann Strauss, Aimer, boire et chanter met en scène trois couples vivant dans le Yorkshire, au nord de l’Angleterre : le Docteur Colin (Hippolyte Girardot) et sa femme Katryn (Sabine Azéma), le businessman infidèle Jack (Michel Vuillermoz) et son épouse Tamara (Caroline Silhol), le paysan Simeon (André Dussollier) et sa compagne Monica (Sandrine Kiberlain). Tous vont répéter une pièce pour revoir une dernière fois leur ami Georges, que personne ne verra. Ce dernier, qui les rejoindra dans l’imaginaire, fut le premier amant de Katryn et l’ex de Monica, mais Colin et Simeon ne le savent pas. George ne dirait pas non s’il pouvait sortir avec Tilly (Alba Gaia Bellugi) et sa mère Tarama. Laquelle de ces quatre femmes l’accompagnera dans sa maison de repos à Tenerife ?

Au casting d’Aimer, boire et chanter, on retrouve ses deux plus fidèles acteurs, Sabine Azéma et André Dussollier. Quant à Michel Vuillermoz, il a joué dans deux de ses films (Les herbes folles et Vous n’avez encore rien vu) tout comme Caroline Silhol (La vie est un roman et I Want to Go Home). Hippolyte Girardot était présent que dans Vous n’avez encore rien vu. Seule Sandrine Kiberlain tournait avec le metteur en scène pour la première fois.

Le réalisateur français ne nous fait pas douter sur les sentiments de chacun. Tous se déchirent, se disputent et se réconcilient. C’est un vrai théâtre de boulevard qu’Alain Resnais filme à sa façon, achevant sa carrière sur un film simple et léger, mais qui n’est ni creux ni conformiste. Comme à son habitude, Resnais évoque ses thèmes fétiches, le bonheur, l’engagement, l’amitié, l’intimité, la mort, la tristesse et la place de l’homme dans la société. Ses comédiens se remettent en question, parlent des secrets qui existent au sein des couples les plus unis mais aussi de l’amitié et des choix à faire pour vivre au mieux les années qui restent. Tout en aidant ceux qui souffrent à partir dans la dignité.

Au-delà de ces sujets qu’il aime tant mettre en scène, Alain Resnais nous prouve une fois de plus qu’il est capable de se renouveler en filmant ses six comédiens dans un décor minimaliste. Le jury du festival de Berlin ne s’y était pas trompé en lui remettant le prix Alfred-Bauer, décerné chaque année à un film à la fois novateur et singulier. Aimer, boire et chanter est un bien beau départ pour un cinéaste qui, grâce à son style personnel, a marqué l’histoire du cinéma français.

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