Critique : Afrika Corse, un film de Gérard Guerrieri - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Afrika Corse, critique

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Gérard Guerrieri, Jacques Leporati et Michel Ferracci incarnent Mathurin, Anto et Brutus, les trois frères du XXIe siècle. D’origines corses, ces joyeux lurons, dans leurs tenues des années 1970, refont l’histoire pour, in fine, tomber sur le patrimoine de… Rommel. Incroyable, mais vrai…

Après avoir vécu en Corse, non loin de l’Afrique du Nord où Rommel dirigeait le corps expéditionnaire allemand, connu sous le nom d’Afrikakorps, trois frères excentriques se rendent chez le notaire pour régler les droits de succession. Ils sont abasourdis à la lecture du testament de leur mère, une femme aventurière qui, jusqu’à son décès, ne leur a jamais révélé l’existence d’un trésor qu’elle a hérité. Alors qu’ils s’empressent de l’acquérir, et au fil du discours du notaire (Pierre Antonetti), ils sont stupéfaits d’apprendre qu’il ne peut être acquis que par l’un des trois, né d’une relation nazie. Pour hériter de ce trésor, ils vont devoir prouver leur véritable identité et le retrouver avant qu’il tombe entre de mauvaises mains.

La guerre fratricide est déclarée. Mathurin, Anto et Brutus s’en vont en vadrouille pour s’emparer du trésor nazi. De leur rendez-vous chez un notaire douteux à un séjour obscur à Berlin, en passant par un retour dans le maquis corse, ils plongent dans une aventure folle et folklorique, où s’affrontent caustiquement la Corse des années 1970 et l’Allemagne des années 1940.

La collaboration germano-corse met en exergue toute l’imagination et la folie d’un jeune auteur. Jeune auteur aux idées incongrues, Gérard Guerri nous désarçonne avec l’histoire insolite de la famille Betroncini qui se retrouve entrainée dans une péripétie rocambolesque. Les quiproquos y règnent en maîtres et les frères n’y vont pas de main morte pour régler leur compte, lors de leurs tête-à-tête. Elles apportent une tonalité décapante et énigmatique qui fait penser à une pantalonnade dans laquelle ces frères rencontrent le lieutenant Aldo Raines (Sarah-Laure Estragnat), par le biais de mystérieux interlocuteurs et rivaux hauts en couleur.

À l’image de leurs personnages farfelus, les comédiens sont filmés avec une curiosité parsemée de bienveillance. Si certains (ici, Jacques Leporati et Michel Ferracci) manquent d’audace, ce n’est pas le cas pour Fabien Jegoudez, Gérard Guerrieri, Pierre Antonetti et Sarah Laure-Estragnat qui crèvent l’écran, par leur charisme, leur sens de l’imagination et leur justesse de jeu. Ces quatre derniers pimentent ce vaudeville, cinglant et familier, empli de messages dissimulés. Et le résultat final, quelque peu équivoque et gaguesque, est assez détonnant lorsque la vérité surgit brutalement.

Porté par des situations abracadabrantesques et ubuesques, Afrika Corse risquerait non seulement de faire « führer », mais aussi nous de faire (sou)rire quelques jours après la fête nationale. Mélangeant les aventures familières et incisives de Claude Zidi, de Quentin Tarantino et des Inconnus, ce film brille par son originalité et la faculté d’invention de Gérard Guerrieri. Réalisateur méconnu du grand public, il n’a peur de rien pour son premier film hors-norme. Il ose, il fait preuve de créativité pour mettre un peu de désordre dans l’ordre bien établi du cinéma français. Avec, comme rempart à la susceptibilité d’âmes prudes, l’humour piqué et surréaliste.

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