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A perdre la raison, critique

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Il existe des actes impardonnables que l’on juge sans connaitre les motivations du coupable. Comment est-il passé de l’humanité à la cruauté ? Que peut-il cacher derrière son geste affreux ? Avec ses coscénaristes, Matthieu Reynaert et Thomas Bidegain, Joachim Lafosse y répond en plongeant Émilie Dequenne au coeur d’un terrible fait-divers, survenu en 2007 à Nivelles. L’héroïne qu’elle incarne peut-elle réellement perdre pied sans raison ?

Cette personne qui sombre s’appelle Murielle. Émilie Dequenne qui l’incarne est une jeune demoiselle pleine de fougue et de vie. Elle file le parfait amour avec Mounir (Tahar Rahim). Depuis l’enfance, son partenaire habite chez André Pinget (Niels Arestrup), un médecin autoritaire et manipulateur, qui lui assure une existence confortable. Lorsque les deux tourtereaux s’unissent et se changent en parents, la dépendance de leur couple devient excessive envers André Pinget. Murielle se retrouve peu à peu enfermée dans une atmosphère affective et familiale irrespirable. À son grand regret, elle finit par commettre un acte désespéré et tragique pour échapper à une relation étouffante.

Originaire de Belgique, Joachim Lafosse met en scène une relation triangulaire déséquilibrée et névrotique autour d’une femme fragile et vivante, d’un beau-père effroyable et d’un concubin faible. Se dessine le portrait poignant et sombre d’une femme qui se décompose sous les yeux inertes de ses proches. S’installe ensuite un climat malsain entre cette femme et ses deux partenaires. D’une cohabitation contrainte à une villégiature partagée, en passant par un voyage de noces simulé, elle sacrifie sa liberté et son enthousiasme pour devenir une femme éteinte et soumise. Même si elle émet un appel de détresse à son mari pour rompre l’isolement social. À travers le mal-être et la souffrance de cette femme impuissante, Joachim Lafosse porte une réflexion sur la relation de couple. Peut-on tout accepter par amour ? Peut-on conjuguer amour et indépendance ? Jusqu’où peut-on aller par amour sans se blesser ?

Émilie Dequenne incarne une Murielle pétillante qui se fane au fur et à mesure de sa colocation avec ses deux partenaires. Les années défilent, les grossesses se répètent et les problèmes de santé se lisent sur le corps de la femme qu’elle interprète à l’écran. L’actrice se recroqueville sur elle-même, ne trouvant qu’un faible soutien auprès de Tahar Rahim qui passe de la bienveillance à la malveillance d’un sinistre Niels Arestrup. Dans la peau de cette Murielle, Émilie Dequenne ne vit plus que pour ses enfants, allant jusqu’à devenir une mère avant d’être une enseignante, une épouse ou encore une femme. Elle ne travaille plus. Devant tant de désarrois et de douleur, elle applaudit sa fille sans afficher sa pétulance, lors d’une représentation théâtrale. Le seul réconfort qu’elle trouve est chez sa belle-famille marocaine avec qui elle s’échappe le temps d’un voyage éphémère.

Avec une interprétation déchirante et remarquable d’Émilie Dequenne, Joachim Lafosse nous place dans une position inconfortable. Il renforce le malaise que procure l’histoire éprouvante de la femme qu’elle joue. Et, au-delà des émotions exprimées, se révèle le talent d’une comédienne récompensée qui dévoile le visage double de l’amour. L’amour est-il une amusette distrayante ? Est-il un état d’esprit, où deux âmes, deux corps apprennent à se connaitre, à s’apprivoiser pour instaurer avec dévouement l’harmonie, la bienveillance et la rectitude des sentiments ?

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