Critique : A ceux qui nous ont offensés un film d'Adam Smith - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

A ceux qui nous ont offensés, critique

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Chef de famille autoritaire et intransigeant, Colby lance à l’un de ses petits-enfants : « C’est pourquoi je n’ai jamais envoyé Chad à l’école. Nous devons nous battre pour que ces moralistes ne nous instrumentalisent pas ». Avec une technique de persuasion bien huilée, et persuadé de rehausser le niveau d’une société inerte et moralisante, Colby contraint son petit-fils à suivre la même voie que lui : celle de vivre une vie infernale. Jusqu’à ce que Chad l’en empêche. Y arrivera-t-il ?

Depuis des générations, Colby (Brendan Gleeson) appartient à une fratrie instable qui vit recluse au milieu de la campagne britannique. Il n’aime pas l’autorité. Avec son fils Chad (Michael Fassbender) et son petit-fils Tyson (Georgie Smith), il s’adonne aux courses de voitures avec la police et il commet des actes délictueux pour subvenir aux besoins de sa tribu. Chad dont le frère est en prison, ne veut plus suivre la route de son paternel. Il s’apprête à lui faire une terrible révélation : celle de passer d’une vie marginale à une vie de famille sereine avec sa femme Kelly (Lyndsey Marshal) et ses deux enfants qu’il veut scolariser. Mais, Colby ne l’entend pas de cette oreille. Il voit l’attitude de Chad comme une sorte de trahison, rompant à d’illégales coutumes familiales. Colby le met au pas. Oppressé par des policiers brutaux et des villageois racistes, Chad se fait entraîner dans une dernière aventure familiale et rien ne se passe comme prévu. Commence pour Chad une longue réflexion sur le bien et le mal, même si ses intentions sont quelque peu confuses.

Dès le départ, Adam Smith filme un lapin pris en chasse et termine cette traque sur un chien coincé en haut d’un arbre. Ces deux scènes évoquent la fuite d’un animal toujours à l’affût du moindre espace de liberté, voulant échapper à une vie imposée, et la stase brève du corps au repos durable. Elles représentent l’aboutissement de deux vies entre lesquelles Chad se trouve attiré : d’une part, chacune des chasses l’incite à suivre une vie délinquante toute tracée. De l’autre part, l’homme qu’il est est en proie aux doutes. Il essaye de fuir un patriarche inébranlable. D’une manière ou d’une autre, l’avenir de Chad ne peut qu’être le même que celui de ses aïeux. Pourtant, Chad n’est pas si mauvais qu’il y parait. S’il fut la victime d’un coup monté, lors d’une péripétie, il sait être un homme bienveillant avec sa femme et sa progéniture. Sa quête du salut, devant des fautes commises, ne changera rien à son destin terni par la noirceur de ses ancêtres.

D’une tragédie dynastique à la rédemption d’un homme, A ceux qui nous ont offensés nous plonge dans les méandres d’une famille nomade, où la marginalisation apparait comme une malédiction. Et lorsque l’un des membres tente de s’en extirper pour honorer une promesse et se racheter une conduite, il est déjà coupable. Sa condamnation n’est pas seulement liée à son indécision, mais surtout à une société britannique qui le rejette, lui et ses enfants, au nom d’une morale douteuse.

Brendan Gleeson et Michael Fassbender, au sommet de leurs arts, s’affrontent, rebondissent jusqu’à osciller entre la bienveillance humaine et la menace envahissante face à un comté renfrogné. En dépit des délits que leurs personnages orchestrent, Colby, incarné par le premier, s’est tourné vers la foi. Il considère Chad, joué par le second, comme une juste victime, tel le Christ, contre laquelle le comté est importun. Ce point de vue inverse révèle un malaise conséquent sur les normes sociétales, où la faute d’un homme, qu’il soit coupable ou non d’un héritage familial, ne provient pas de lui, mais de la perception des autres. Ces derniers sont perpétuellement aveuglés par un enseignement collectif et préfèrent condamner une quête rédemptrice plutôt que de faire preuve de clarté, de clairvoyance et de lucidité.

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