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120 battements par minute, critique

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Dans les années 1990, le sida avait déjà fait d’innombrables victimes pendant plus de dix ans. Très peu de cinéastes ont traité cette maladie sexuellement transmissible, si ce n’est Jonathan Demme qui réalisa Philadelphia, un chef-d’oeuvre-choc dans la carrière de Denzel Washington et de Tom Hanks. Vingt années après l’oeuvre de Jonathan Demme, Robin Campillo aborde, lui aussi, le thème du sida à travers l’association Act Up-Paris. Cette association activiste accumule les interventions pour garantir l’accès aux soins à tous, sensibiliser le public sur l’importance du préservatif lors d’un rapport sexuel, et plus généralement, lutter contre l’indifférence…

Fort du grand prix qu’il a remporté au festival de Cannes, Robin Campillo met en scène Nathan qui décide de rejoindre le collectif Act Up-Paris. Nathan n’est pas un adhérent comme les autres. Il est timide, il est naïf et il est légèrement décontracté jusqu’à ce qu’il se porte volontaire pour participer à la prochaine manifestation du groupe, orchestrée par l’audacieux Sean. Cet activiste radical marquera son existence à jamais, allant jusqu’à imaginer un slogan osé et provocateur : « je vois comment le sida a changé ma vie. C’est comme si je vivais les choses plus intensément avec plus de bruit, avec plus de couleurs, avec plus de vie. »

Les membres du collectif proviennent de différents milieux et chacun possède leur propre regard sur le sida qui les unit de près comme de loin. Beaucoup sont des personnes homosexuelles, des séropositifs, des séronégatifs, des transgenres. D’autres sont des parents hétérosexuels dont le sida a détruit l’existence de leurs enfants. Ensemble, ils débordent d’énergie, générant toute sorte d’idées à une cadence effrénée qu’apparaissent quelques dissemblances entre eux. Même s’ils défendent une cause identique, les avis divergents exprimés se répandent rapidement dans les locaux du groupe et entrainent une frustration croissante de certains partisans face à l’organisation des réunions.

Malgré la difficulté des adhérents à se faire comprendre, à se faire entendre, Robin Campillo braque sa caméra sur le combat intensif de l’un d’entre eux, et plus particulièrement sur celui de Sean, mené contre le sida. Robin Campillo commence vigoureusement par les suivre, lui et ses camarades, à chacune de leurs actions avant de poursuivre sur la relation de Nathan et de Sean. Au fil de ce combat, et devant l’absence d’aide des laboratoires, Sean, un brin nerveux, muscle le ton et demande à ses collègues de privilégier les visites surprises chez ces laboratoires à la violence inutile. Les années défilent, la maladie affaiblit Sean qui est contraint de se séparer du collectif et de s’isoler avec Nathan.

L’arme la plus puissante de cette oeuvre rugissante est la performance déchirante de Nahuel Pérez Biscayart (Au revoir là-haut). Contaminé à l’âge de 16 ans, âge de son premier rapport sexuel, l’homme qu’il joue lutte activement contre le sida. La détermination et la sincérité avec lesquelles il s’embarque dans le groupe impressionnent. À lui seul, il dégage tant d’énergie et de chaleur que plus rien ne l’effraie. Sa vitalité et son entrain stimulent sa partenaire Adèle Haenel qu’elle irradie l’écran par sa vigueur et son éloquence. Elle impose, elle aussi, un tempo soutenu et poursuit jusqu’au bout le combat de Sean contre la méconnaissance de l’exécutif et de l’industrie pharmaceutique envers leur cause.

Comme l’avait évoqué Jonathan Demme, Robin Campillo s’est donc, lui aussi, penché sur le thème du sida. C’est à travers le collectif Act Up-Paris, auquel il avait adhéré pendant les années 1990, qu’il en parle le mieux. Il plonge vite ses comédiens qui livrent un combat trépidant pour essayer de contraindre les laboratoires et les pouvoirs publics à prendre en charge les malades du sida, quel qu’il soit. Robin Campillo s’inspire de sa propre expérience pour documenter le groupe et ses environs dans ses moindres détails. Des réunions d’information à des discordances d’intérêts entre acteurs et partisans, en passant par la relation de Nathan et de Sean, Robin Campillo ne néglige rien, pas même le préservatif, les ébats sexuels, les traitements à l’hôpital. À aucun moment, la réalité n’est écartée, oscillant entre les instants dramatiques et les moments d’euphorie. Et c’est sans oublier la présence d’un liquide rouge versé dans la Seine qui évoque la mort, non loin dans l’esprit des membres.

Se distingue au sein du groupe la romance de deux d’entre eux qui commence vigoureusement jusqu’à se terminer comme une voie sans issue quasi prévisible. De cette romance découle une émouvante leçon de vie et les deux jeunes hommes, interprétés par Nahuel Pérez Biscayart et Arnaud Valois, insufflent une dynamique puissante à leur combat que leurs camarades ne pourront que poursuivre selon des volontés précises.

Bien que leur récit se déroule dans les années 1980, le collectif Act Up-Paris vibre au rythme déchaîné des débats, des interventions et des sifflets rugissants. Leur combat, leur message est éloquent, limpide, résonnant encore dans l’actualité politique : garantir l’accès aux soins à tous, sensibiliser le public sur le port du préservatif et surmonter l’indifférence. La spontanéité et la volonté de fer des membres du groupe, prêts à tout pour participer à l’évolution des moeurs, forcent le respect. Avec une de leurs phrases-chocs : « le sida est une guerre, une guerre invisible pour les autres », il nous donne une incroyable rage de vaincre et de vivre pour aller soutenir les malades que certains choisissent d’ignorer par conformisme.

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